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L’Obsolescence programmée des objets:post

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La vision classique de l’économie reposait sur la croyance en une Nature avare de ses biens et sur l’idée que la race humaine était confrontée en permanence au spectre de la pénurie. L’économiste Malthus tirait la sonnette d’alarme dans un texte de 1798 : la hausse de la population qui, prédisait-il, serait largement supérieure aux gains de la production de denrées comestibles, appauvrirait notre race.

Cependant, la technologie moderne et l’approche scientifique du commerce, cette véritable aventure de l’esprit, ont augmenté la productivité des usines et des champs dans des proportions telles que le problème économique fondamental est devenu celui de l’organisation des achats plutôt que la stimulation de la production.

La Dépression actuelle a foncièrement quelque chose d’une ironie amère : des millions de personnes sont privées de conditions de vie satisfaisantes alors que les surplus encombrent les greniers et les entrepôts du monde entier ; et les prix sont tellement en dessous de leur niveau habituel qu’il ne serait plus attractif, ni rentable, de se remettre à produire.

Manuel de survie:post

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Cette brochure a été conçue à l’intention des services de protection civile, de la police et des pompiers. Les membres de ces services y trouveront les consignes à suivre en cas d’alerte, à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison, et qu’ils convient d’indiquer à la population. D’autres conseils seront diffusés ultérieurement en ce qui concerne les comportements à adopter sur le lieu de travail ainsi que dans les écoles, lycées et collèges.

Une belle mort:post

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Récemment, mon père décéda d’un lymphome T. Bien que sa mort n’ait pas été aussi effrayante que certaines de celles auxquelles j’avais assisté, ou dont j’avais lu le récit, elle ne fut pas facile non plus. Cet homme courageux, qui toute sa vie durant ne s’était plaint que rarement, éprouva pendant des mois des douleurs et, j’imagine, des craintes (bien qu’il n’en parlât jamais) dues au chagrin, à l’épuisement et aux faux espoirs. Puis la véritable horreur commença. La dernière fois que je le vis sur ses pieds, par une journée d’hiver nuageuse, nous allâmes marcher ensemble, et il nous fit traverser un petit cimetière. Il me dit qu’il n’avait pas peur de la mort. Il avait la chance d’avoir de bons médecins et de bons amis. Et la chance, pensait-il, d’habiter en Suisse, qui autorise le suicide assisté. Malheureusement, il n’avait pas préalablement signé le formulaire approprié, si bien que quand l’heure vint, l’organisation sur laquelle il comptait ne put lui venir en aide. Je n’oublierai jamais le coup de fil désespéré que ma sœur donna à l’association ; d’abord elle plaida, puis elle renonça. Pas plus que je n’oublierai, bien sûr, le dimanche où j’arrivai au chevet de son lit de mort, quand cette âme stoïque, larmes aux yeux, dit au médecin : “Je veux mourir aujourd’hui.” Mais il ne le pouvait pas.

Echolilia:post

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D’un travail photographique clinique, les séances évoluent vers une authentique collaboration artistique entre un artiste et son modèle qui n’est autre que son propre fils, de surcroît absent. Cette relation dure trois ans. Et donne à voir, en ligne de mire, un monde ritualisé, le monde d’Elijah, répétitif et plein de poésie.

Vertige de la langue:post

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Il existe tant de manières de voir le monde. On peut entrevoir, repérer, visualiser, voir, regarder, épier, ou lorgner. Fixer, dévisager, scruter. Mater, surveiller, examiner. Chaque verbe suggère une subtile nuance : “regarder” implique une volonté, “épier” évoque la dissimulation, “dévisager” apporte une idée de jugement social et “fixer”, une note de stupéfaction.

Gigot de la clinique:post

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Un chirurgien de province aussi gourmand que savant a inventé cette recette que nous avons acquise en soudoyant sa cuisinière. Aucune cuisse de chevreuil ne peut rivaliser avec un simple gigot de mouton préparé de cette manière. Huit jours à l’avance, vous couvrirez le gigot avec une marinade appelée Baume Samaritain et composée de vin – vieux bourgogne, beaune ou chambertin – et d’huile d’olive vierge. Dans ce baume, auquel vous aurez déjà ajouté les condiments habituels, sel, poivre, laurier, thym, mettez une pincée de poivre de cayenne, un soupçon de gingembre, une noix de muscade coupée en petits morceaux, une poignée de baies de genévrier écrasées et, pour terminer, une cuillerée à café de sucre en poudre (aussi effectif que le musc en parfumerie), qui sert à amalgamer les différents arômes. Deux fois par jour, vous tournerez le gigot.

AML.230849-012-G:post

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Imaginons une vache, quatre pattes, un corps et une tête, les pis – “Une vache laitière ?” demande Arianna Ferrari de l’ITAS (Institut d’évaluation des répercussions technologiques et d’analyse systémique) au KIT (Institut technologique de Karlsruhe), sur sa table une pomme plus très fraîche.

Cent quarante kilos de lait par jour, quatre traites automatiques !

Mme Ferrari, docteur en philosophie, bottes en similicuir montant à mi-mollet, prend une petite gorgée de thé vert et dit : “La logique de l’exploitation.”

La vache que nous imaginons n’a ni nom ni pedigree, seulement un numéro, .230849-012-G, elle est dehors devant la porte, campus nord, bâtiment 0451, muette et soumise : une bête de type AML.

Objectif Asteroïdes:post

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Brian May n’est pas seulement le guitariste de légende du groupe Queen : il est aussi astrophysicien. En 1970, May entame son cursus universitaire à l’Imperial College de Londres mais il préfère interrompre ses études quatre ans plus tard, à la sortie du deuxième album de Queen. Il obtiendra son doctorat en 2008, après avoir soutenu une thèse sur la lumière zodiacale, ce faible spectre de lumière interstellaire visible certaines nuits, au-dessus de la ligne d’horizon. Mercredi dernier, Brian May a retrouvé Lord Martin Rees, l’astronome royal britannique, au Science Museum de Londres afin de discuter ensemble de la question des astéroïdes et de la menace qu’ils représentent pour la Terre.

Chury:post

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Deux engins, quatre appareils

Nous avions le souhait de laisser place à un travail photographique d’un genre particulier pour le portfolio de ce numéro. Non pas l’œuvre exposée d’un artiste, quoique, mais quelques clichés parvenus de l’espace, sur une comète au nom de 67P/Churyumov–Gerasimenko naviguant à cinq cents millions de kilomètres de la Terre. L’orbiteur Rosetta et l’atterrisseur Philae sont équipés de quatre appareils photographiques. Osiris, le premier, dont le nom réfère comme Rosetta à la culture égyptienne et correspond à l’acronyme de Optical, Spectroscopic, and Infrared Remote Imaging System, soit un système d’imagerie optique, spectroscopique et infrarouge à distance. Osiris est muni d’un appareil grand angle permettant de saisir des vues d’ensemble de la comète, ainsi que d’une longue focale saisissant des plans rapprochés.

Un domaine:post

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L’Asphodèle

Désormais, sept corporations régissent l’au-delà et nombre de personnes économisent leur vie durant pour être téléchargées vers celui qu’on considère comme l’être de premier ordre. D’autres, dont je suis, estiment qu’il leur faudra décrocher une bourse et accumuler les expériences. J’en ai fait une de trop. Peu après ma chute, j’ai postulé pour l’Asphodèle. Bien entendu, je savais que ce domaine spécifique ou “fournisseur d’au-delà” était administré par l’entité la plus ancienne du secteur. L’Asphodèle avait la réputation d’être le terrain le plus sûr et le plus complet. C’était le premier choix des artistes, poètes, universitaires, voire des hommes ou femmes politiques et des vedettes de cinéma. Les professeurs – j’en étais un avant mon accident – le retenaient systématiquement pour peu qu’ils en aient les moyens.

Invisible et Insidieux:post

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Ces trois dernières années, mon dosimètre est sagement resté sur l’étroite étagère de la porte d’entrée d’une maison de Tokyo, sa mesure augmentant chaque jour d’une ou deux unités ; la hausse ne s’est jamais démentie – puisque la radiation est la compagne sans merci du temps qui passe. Où que nous soyons, le rayonnement nous atteint et nous est néfaste, au mieux de façon imperceptible. Durant ces trois années, mes voisins américains n’avaient plus en tête l’accident de Fukushima. En mars 2011, un tsunami avait tué des centaines, des milliers de gens ; oui, ils se souvenaient de ça. Quelques-uns se rappelaient également le tremblement de terre qui l’avait provoqué ; quant à l’explosion d’hydrogène et la faille de la centrale nucléaire n° 1, en revanche, cela devait être réparé à présent – puisque ses effluents ne faisaient plus la Une de nos informations nationales.

Dédale ou la science de l’avenir:post

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Alors que je m’assieds pour écrire ces pages, j’ai devant les yeux deux scènes que j’ai vécues pendant la dernière guerre. La première est une impression fugace d’une bataille oubliée de 1915 qui, curieusement, évoque un assez mauvais film. À travers un brouillard de poussière et de fumée, apparaissent soudain d’immenses masses de fumée noires et jaunes qui semblent déchirer la surface de la terre et désintégrer les ouvrages humains avec une haine presque visible. Elles occupent le plus gros de l’image, mais quelque part au deuxième plan, on distingue quelques silhouettes humaines sans intérêt, dont le nombre diminue bien vite. On peine à croire que ce sont là les combattants de cette bataille. On penserait plutôt que ce sont ces énormes masses noires épaisses et grasses qu’on remarque tellement mieux, et que les hommes en sont en fait les serviteurs, jouant un rôle sans gloire, subalterne et fatal dans le combat. Il se peut, après tout, que ce point de vue soit juste.

Les os de la discorde:post

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Aux États-Unis, l’histoire naturelle est mise aux enchères cinq ou six fois par an. Un dimanche de mai 2012, une grande vente s’est tenue au Dia Center for the Arts de Chelsea, qui l’accueillait pour l’occasion. La vente, organisée par une entreprise du nom de Heritage Auctions, s’est ouverte sur deux géodes d’améthyste qui ressemblaient aux oreilles d’un lapin sur le qui-vive. Puis, des météorites, du bois pétrifié, des défenses d’éléphant ; des mille-pattes, des scorpions et des araignées préservés dans de l’ambre ; des quartz précieux, des cristaux et des fossiles. Les fossiles allaient de petits animaux aquatiques de l’Éocène incrustés dans de la pierre à des restes de dinosaures de la fin du Crétacé. Ce jour-là, l’orteil articulé et la griffe d’un dinosaure marocain ont été vendus à soixante-trois mille dollars et la dent d’un tyrannosaure – vingt-sept centimètres de la racine à la pointe – à presque quarante mille.

Que le mammouth revienne !:post

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La première fois que Ben Novak vit un pigeon voyageur, il tomba à genoux et resta dans cette posture pendant vingt minutes sans mot dire. Il avait seize ans. À treize ans, il avait vu la photo d’un de ces pigeons dans un livre de l’Audubon Society et “ç’avait été le coup de foudre”. Mais il ne savait pas que le Science Museum du Minnesota, qu’il visitait dans le cadre d’un programme scolaire d’été destiné aux lycéens du Dakota du Nord, en détenait dans ses collections, de sorte que, quand il aperçut une vitrine contenant deux pigeons empaillés, un mâle et une femelle figés dans des poses naturelles, il fut sidéré, submergé d’émotion, pris d’une sorte d’admiration empreinte de tristesse pour la beauté de ces oiseaux : leur poitrail d’un auburn brillant, leur dos gris ardoise et, autour de leur nuque, le poudroiement iridescent qui changeait en fonction de l’angle de la lumière. Avant que ses chaperons ne l’entraînent hors de la salle, Novak eut le temps de prendre une photo avec son appareil jetable.

Burn After Reading:post

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Le soir du 10 septembre 1976, à bord du vol TWA 355 reliant New York à Chicago, un passager barbu tendit une enveloppe scellée à un membre de l’équipage. “Ceci est un détournement d’avion” indiquait la première ligne du message. Ledit passager, un nationaliste croate du nom de Zvonko Busic y affirmait que cinq bombes avaient été placées dans l’avion, et une sixième déposée dans la consigne à bagages n° 5713 de Grand Central Station à Manhattan. Il conseillait au commandant de bord de contacter sans délai les autorités, car les informations supplémentaires se trouvaient dans la consigne. “La bombe ne peut être déclenchée qu’en pressant le détonateur, mais il faut la manipuler avec la plus grande prudence.”

Le championnat de mémorisation des États-Unis:post

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Une nouvelle épreuve devait faire son apparition au championnat de 2006 ; c’était une expérience qui n’avait jamais été tentée sur le circuit compétitif. Conçue pour donner satisfaction aux producteurs de HDNet, la chaîne du câble qui devait, pour la première fois de l’histoire, diffuser la compétition d’un bout à l’autre des États-Unis, elle avait reçu le nom tarabiscoté de “Trois fautes et adieu la fête”. Cinq hommes et femmes, invités de la “fête”, monteraient sur scène pour livrer dix types d’informations personnelles aux concurrents : leurs adresses, numéros de téléphone, passe-temps, dates d’anniversaire, plats préférés, noms de leurs animaux domestiques, modèles de leurs voitures, etc. L’épreuve évoquerait donc une situation plus proche de la vie réelle que cela n’avait jamais été le cas dans une compétition de mémorisation. Je ne savais pas du tout comment m’y préparer et, en toute franchise, je n’y songeai pas beaucoup pendant la plus grande partie de mon entraînement.