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Un Saint n’est pas forcément naïf:post

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Du début à la fin de Rouge ou mort, vous martelez votre certitude : Bill Shankly était “un homme bon”. C’est quoi, pour vous, “un homme bon” ?

Quelqu’un qui anticipe le besoin de l’autre et qui, en même temps, le stimule. Bill Shankly n’a jamais rien fait de purement égoïste. Il ne s’est jamais préoccupé d’argent ou de gloire. Seul le collectif lui importait. Additionner les énergies pour, sans cesse, améliorer leurs rendements, pour toujours aller de l’avant. En me penchant sur son cas, je me suis aperçu que sa démarche était naturellement commandée par l’abnégation. Shankly, c’est l’altruisme fait homme. Au-delà de l’effort, du travail et de la discipline, irradiait chez lui une générosité naturelle. Son comportement, ses attitudes, ses préceptes : tout allait dans le sens du soutien et de l’incitation.

Je hurle comme un hooligan au stade, Conversation avec Rudy Ricciotti:post

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Tu étais au solo de José Tomas à Nîmes ?

J’étais dans un petit hôtel particulier à Nîmes, qui s’appelle Le jardin secret. On était au premier étage de la galerie, un truc très dix-neuvième. Complètement pétés, Myriam et moi. Myriam avec sa bouteille de champagne et moi avec un armagnac qui faisait huit centimètres de hauteur, en train de fumer le cigare sur des chaises longues, Myriam du rock dans les écouteurs, moi complètement dans le cirage, et je vois passer Tomas en civil. Je le reconnais. Putain. Et il rentre dans sa chambre, je l’entends farfouiller la serrure, je sais pas quoi, et au bout d’un moment il ressort. Je lui dis : san Tomas ? Il se retourne, il me fait un sourire incroyable. Je lui parle en français, il ne comprend pas. Je lui parle en anglais, il ne comprend pas. Je lui parle en italien, il ne comprend pas. Je ne parle pas espagnol.

Le Jour où Pinochet a assassiné le football:post

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Le grand reporter polonais Ryszard Kapuściński écrivit un jour qu’en Amérique du Sud, les stades logent autant la liesse que les massacres. L’Estadio Nacional de Santiago du Chili en fut la preuve flagrante. Le 21 novembre 1973, les onze footballeurs de la sélection chilienne font la passe à dix. Nul adversaire ne s’interpose entre eux et la balle, la raison, il n’y a pas d’adversaire, ils sont seuls sur le terrain entouré par des soldats de l’armée, fusils à l’épaule, surveillant le terrain et les spectateurs médusés devant ce spectacle inédit. L’URSS a déclaré forfait pour ce match retour qualificatif de Coupe du monde, mais Augusto Pinochet exige le maintien de la rencontre. Une affaire de symbole : jouer sur des cadavres.

Un terrain dans un salon:post

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C’était un petit salon de coiffure pour hommes, sans fenêtre, dans l’arrière-salle du grand salon pour dames doté d’une large vitrine, la rue était en pente, l’entrée se faisait par un couloir séparé, et sous la lumière blafarde et légèrement vibrante des néons fatigués, apparaissaient les photos en noir et blanc des idoles, tous ces joueurs qui avaient formé l’ossature de l’équipe nationale de Suisse lors de la Coupe du monde de 1954, accueillie par le pays, à Lausanne, Berne ou Zurich. Je les regardais près de vingt ans après, mais ils irradiaient encore de tout leur prestige, celui d’une équipe spectaculaire, pratiquant un beau jeu, rivalisant avec les meilleurs, avec un meneur qui jouait au FC Bâle à l’époque et qui allait ensuite finir sa carrière dans le club de ma petite ville natale, Porrentruy, les rouge et noir (car issus de la fusion entre le club catholique des Noirs et le club radical des Rouges).

La Force du prophète:post

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Pourquoi le tennis de table en Chine, le hockey sur gazon en Inde, le water-polo en Hongrie ? Pourquoi pas (ou si peu) de basket en Grande-Bretagne, de rugby en Espagne, de handball en Australie ? En vertu de quelle priorité un pays adhère à un sport ou s’en écarte ? Comment naît l’accointance ou l’affinité ? Le grand arbre généalogique des sports est chargé de ces histoires qui toujours bégaient des similitudes de destins où le contexte politique, la situation économique, l’influence de tel ou tel individu, le hasard bien sûr, jouent les premiers rôles. Mais rien qui ne puisse être élevé au rang de théorie. Plutôt une série de coïncidences, de surprises, pour ne pas parler de mystères plus ou moins déconcertants.

Le Lyon de Persépolis:post

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Si l’excellence de Blondin se vérifie davantage dans ses romans et ses certificats d’études que dans les calembours qui émaillent ses chroniques sportives, je n’en ai pas moins choisi ce titre en son honneur. Sa gentillesse proverbiale ne l’aurait sans doute pas désavoué.

Lyon c’est pour le stade Gerland où se déroule la rencontre Iran – États-Unis, lors de la Coupe du monde 1998. Persépolis est le nom de “la cité perse” qui fut la capitale de l’Empire achéménide, devenue un vaste périmètre de ruines déclarées patrimoine de l’Unesco l’année même de la Révolution islamique. Parmi les vestiges, on peut toujours admirer le bas-relief d’un lion attrapant à pleine gueule un taureau. Persépolis est aussi le nom du plus grand club de football de Téhéran.

Le Miracle de Berne:post

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Aus, aus, aus, aus, das Spiel ist aus ! Deutschland ist Weltmeister.” “Fini, fini, fini, fini, le match est fini, l’Allemagne est championne du monde.” Ce sont les paroles les plus célèbres jamais prononcées à la radio allemande. Ce 4 juillet 1954, un reporter radio de la Nordwestdeutscher Rundfunk, Herbert Zimmermann, écouté religieusement par des millions d’Allemands, donne voix à une victoire qui permettra le lendemain aux journaux d’outre-Rhin de titrer : “Wir sind wieder wer !” Une formule qu’on pourrait maladroitement traduire par : “Nous voilà de retour !”, mais aussi “Nous voilà redevenu quelqu’un !”. Quelqu’un dans l’univers du football. Quelqu’un aussi sur la scène internationale, neuf ans après la fin de la guerre.

Ensemble, nous sommes invincibles:post

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“Ils n’en veulent pas de sa foire, ils n’en veulent pas de sa fête foraine, ils n’en veulent pas de son parc d’attractions géant avec un petit stade au milieu…” À l’arrière de la voiture, la quarantaine assagie hormis les jours de matchs, Robbie s’énerve. Évidemment : ce soir, son équipe joue. Son ami Chris, leader du groupe de death metal Do or Die est au volant. Les deux compères filent à toute allure vers Salzbourg pour rejoindre leur club de cœur, le Standard de Liège. Un match de Coupe d’Europe un soir d’automne. L’adversaire ? Le Red Bull Salzbourg. Tout un programme. Ce déplacement pourrait être l’un des derniers sous cette forme aussi artisanale. Voire l’un des derniers tout court. Malgré la vitesse, et l’intime excitation d’avant-match que connaissent tous les supporters du monde, les plans du nouveau propriétaire du club ne passent pas.

Des bleus dans les yeux:post

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Coup de foudre for Cantona

1996

Kostadinov n’a pas joué, arrêté à la frontière. C’est une autre histoire qui débute : les Bleus réalisent une belle Coupe du monde aux États-Unis, et c’est avec un Cantona au meilleur de sa forme qu’ils abordent l’Euro 1996 au Royaume-Uni. Le King sera-t-il couronné dans son jardin anglais ?

*In vitro veritas*, Conversation avec Guy Roux:post

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Parlons Coupe du monde.

Au-delà de ce que tout le monde suppose, je suis né le 18 octobre 1938. En 1938, la Coupe du monde avait lieu en France avec un match Brésil-Pologne à Strasbourg et mon père y était avec ma mère. Et dans ma mère, il y avait la promesse. En réalité, je n’ai pas assisté au match, mais on raconte que les fœtus entendent, j’ai donc entendu le premier match de Coupe du monde, Brésil-Pologne, à Strasbourg, en juin 1938.

Au stade, on n’est jamais seul, Conversation avec François Hollande:post

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Vous avez déclaré ce week-end, lors de la finale de la Coupe Davis entre la France et la Suisse à Lille, “il faut mériter la victoire, elle ne vient pas parce qu’on la proclame”. Est-ce que le commentaire sportif est un bon moyen aussi de faire passer un message politique ?

Oui. En tant que président de la République, je suis toujours interrogé sur mon pronostic. Mon soutien à l’équipe de France est acquis d’avance, mais j’ajoute toujours qu’il faut mériter la victoire. C’est d’ailleurs ce que je continue à penser pour le pays. C’est la différence entre le chauvinisme et le patriotisme. Entre sport et politique les métaphores sont faciles et les interprétations parfois grossières. Mais mon message est toujours le même, l’esprit de compétition doit reposer sur des valeurs. Gagner ne suffit pas. Réussir c’est mieux.

Yachine vs Franco 21 juin 1964:post

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On ne sait jamais à l’avance comment les histoires finissent. En revanche, on sait un peu mieux quand elles commencent.

Celle-ci commence donc le 1er mai 1960 avec l’avion espion américain U2 abattu au-dessus de la steppe. Beautiful day, c’est le moment ou jamais de le dire, en tout cas par les Soviétiques. L’avion était en mission de reconnaissance, survolant et photographiant des installations de missiles. Le piège se referme sur les États-Unis car le Kremlin les laisse s’enferrer dans des explications vaseuses avant de révéler que l’espion n’a pas avalé sa capsule de cyanure, qu’il est bel et bien vivant et qu’il a reconnu l’objet de sa mission. Un mois auparavant, Khrouchtchev avait déjà transformé en triomphe personnel son voyage en France. Mais on le sait depuis trois siècles : vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà.

Alain Giresse 99e:post

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Voici l’histoire d’un instant merveilleux et fragile qui peut changer votre vie. Gigi, pour toujours : une bouille bien française transfigurée par la joie. Une histoire simple comme bonjour. Il est un peu plus de 22 heures.

Avec les copains nous avons définitivement ruiné le canapé des parents de Bruno. Ils ont bien voulu nous prêter leur pavillon en meulière niché au pied des cités de Juvisy-sur-Orge. Banlieue sud. Ce soir, pas de filles. D’ailleurs, mon bel amour, Dominique, m’a laissé tomber il y a quelques jours. Je l’aimais bien Dominique. J’ai besoin d’être consolé. “La France est pratiquement en finale de Coupe du monde”, ose pronostiquer Thierry Roland. C’est Gigi qui vient de frapper. Impossible de tenir en place. La RFA est à terre. On peut bien la ramener aujourd’hui en prétendant que le commentaire était imprudent et hâtif. Mais 3-1 contre la RFA, pendant les prolongations…

Coupés du monde, Conversation avec Stéphane Meunier:post

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Quel est le contexte de la réalisation des Yeux dans les Bleus ?

J’étais journaliste et j’avais quitté l’agence CAPA. J’étais indépendant, journaliste réalisateur sur le marché du travail. Je travaillais pour plusieurs magazines d’information en France. Travailler comme reporter, j’y étais entraîné, affuté mais aussi j’avais un intérêt pour les sujets. Par exemple, en immersion, j’avais passé un an dans un collège à Saint-Denis, où j’allais tous les matins, en classe, pour filmer… J’avais aussi, pendant vingt-quatre heures, été immergé au sein du monastère de l’église de la Nativité pendant les fêtes de Bethléem. Un monastère clos dans lequel on n’entre pas, avec les mecs en robe de bure, et moi habillé en séminariste pour filmer. Je faisais des choses comme ça.

Sierra Leone Amputee Sports Club:post

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Une longue bande de sable blanc chatouillé de timides vaguelettes, des palmiers vigoureux chaloupant au gré d’une brise facétieuse, et pas un chat. La plage d’Aberdeen, au nord-ouest de Freetown, est un de ces paradis de carte postale qui appelle inexorablement à la paresse. Mais les propriétaires des centaines d’abris en tôle qui jouxtent les hôtels chics sur le front de mer ont autre chose à faire. Et les jeunes hommes rassemblés ce soir sur le sable ne sont pas vraiment là pour se détendre, même si leur large sourire pourrait indiquer le contraire. Ils sont venus pour s’entraîner, la plupart d’entre eux a dû traverser Freetown embouteillée par un trafic infernal.

Le Gardien maudit:post

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Moacir Barbosa Nascimento bondit de joie. Il est 16 h 02 ce 16 juillet 1950 à Rio de Janeiro quand le gardien de l’équipe du Brésil lève les bras au ciel, son coéquipier Friaça vient d’ouvrir la marque contre l’Uruguay, au Maracanã, en finale de la Coupe du monde. Le stade, une cité radieuse de deux cent dix mille spectateurs, chavire, Rio et le Brésil exultent, la prophétie se réalise : la Seleção va remporter sa première Coupe du monde, sur ses terres, c’est une certitude désormais, le Brésil sera champion, et d’ici une quarantaine de minutes, son capitaine Augusto brandira le trophée Jules Rimet puis Barbosa, son excellent portier, l’imitera, suivi de tous leurs coéquipiers.

Moscou, rien à foot:post

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“Combien de boulots as-tu échangé contre une virée – Combien en as-tu raté ? – Avec tout le fric consacré à ta lubie, à ta passion et tes beuveries – tout ce pognon pour suivre ton équipe – tu pourrais aujourd’hui vivre avec vue sur le Kremlin…
Autour de moi, des amis.
Tous spécialistes en leur sujet – mains cassées, cicatrices et garde à vue. Face à moi, des regards contraires – yeux cicatrisés, médailles durcies par l’adversité, effrayant tous ceux passifs qui laissent leurs ongles s’allonger.
Puis un cri, le plus massif des thèmes musicaux. Je suis serein. Mon regard cherche au loin. Nous jouerons même sans championnat, vous pourriez même abolir le football…”

Dima Normalny

Poète, acteur, et figure des fanats du Spartak Moscou.

L’Ange vert a soixante ans:post

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Vous venez de fêter vos soixante ans, qu’avez-vous ressenti ?

J’ai pris des petites résolutions (rires), à 60 ans. Je me suis dit : “Bon allez, faut que je me bouge un peu là, parce que…” Parce que je me consacre vraiment au club, à Saint-Étienne, depuis quatre ans. J’ai laissé pas mal de choses de côté. Donc résolutions de début d’année à tous les niveaux. Santé, et essayer de consacrer un peu plus de temps à ma famille. À 60 ans, tu te dis “Merde”, ça passe vite… Comme j’aime bien faire du sport, je me suis remis à courir, avec mes enfants d’ailleurs. Voilà un peu ce que ça m’a fait.

On dit que les anges ne vieillissent pas…

Tu penses que les anges ne vieillissent pas, toi ? (rires)

Je ne me suis jamais considéré comme un ange, donc je vieillis.

Autres rivages:post

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De tous les sports que j’ai pratiqués à Cambridge, le football est demeuré pour moi une clairière balayée de vent au milieu d’une période assez embrouillée. J’avais la passion de garder le but. En Russie et dans les pays latins, ce noble art a toujours été nimbé d’un prestige particulier. Parce que son rôle le tient à l’écart, solitaire, impassible, le gardien de but de première force se voit suivi dans la rue par des petits garçons transportés d’enthousiasme. Il rivalise avec le matador et l’as d’aviation en tant qu’objet d’adulation frémissante. Son chandail, sa casquette, ses grenouillères, les gants qui dépassent de la poche à revolver de son short, le distinguent du reste de l’équipe. Il est l’aigle solitaire, l’homme de mystère, le défenseur ultime.

Les Tapis rouges du Rwanda:post

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“Il n’y a que le foot qui pouvait nous réunir. Pas pour oublier, ça non, mais pour nous rapprocher !” L’oreille toujours collée à ses trois téléphones, Jean-Pierre savoure le succès d’un événement qu’il organise depuis plusieurs mois. Malgré les torrents de pluie qui se déversent sur le stade de Berchem-Sainte-Agathe, une petite commune de la banlieue de Bruxelles, les Rwandais sont venus en nombre. Après tout, l’affiche est alléchante : les anciennes gloires du Rayon Sports et de Kiyovu Sport, les deux grands rivaux historiques du championnat rwandais, sont réunies pour la première fois sur un terrain afin de rejouer le derby le plus enflammé du Rwanda.

Farce hongroise à Cany-Barville:post

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En couverture de La Voix du Nord, entre deux gendarmes, on distingue à peine une tache blanche, la main brandie par Ladislav Vereb pour se protéger des flashs et des regards. Son visage reste un mystère et ce n’est pas son nom qui fait la Une du quotidien nordiste, le 3 août 1954. En gros caractères, le titre révèle : “Zacharias, le footballeur international échappé de Hongrie n’était qu’un imposteur qui voulait faire parler de lui”. L’imposture éclipse son auteur. À peine comprend-on au détour de l’article qu’il est tchèque, polyglotte, ancien légionnaire et père de famille. Ressemblait-il au vrai Zacharias ? Pourquoi avoir menti ? Comment s’est-il échappé de sa résidence surveillée dans le Lot pour se retrouver à mille kilomètres de chez lui, en Belgique, à la frontière française ?

Cahuzac passe à l’aile:post

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Il est commun d’entendre que le sport transcende les clivages, rapproche ennemis farouches un soir de victoire, peut jusqu’à dessiner une fausse France réconciliée sous l’étendard vite rangé “black, blanc, beur”. Force est de constater qu’il peut unir les oppositions, en témoigne l’équipe de football de l’Assemblée nationale, dite Sélection républicaine. À l’orée de l’été, elle affronte traditionnellement en gala le Variété Club de France, équipe hétéroclite associant gloires rangées du ballon rond à quelques personnalités. Albert Camus, dans un entretien accordé en 1953 au modeste Bulletin du Racing Universitaire d’Alger, dont il fut gardien junior, affirmait : “Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois.”

Le Suédois marseillais:post

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2 janvier 2013

Les cigales se sont tues, mais les rochers du Petit Nice font le plein de baigneurs, face à la mer. Les marbres du cimetière Saint-Pierre se réchauffent au soleil de midi et les chrysanthèmes ayant survécu à la Toussaint remercient une Provence bienveillante.

À Marseille, l’été s’annonce déjà. Un vieil homme tient un bouquet de lauriers jaunes et de glaïeuls face à un caveau de granit gris. Nos regards se croisent.

“Vous êtes de la famille ?

– Non, juste un ami…

– Ah, de Gunnar ?

– Oui…

– Oh, pôvre…”

La Bonne Mère du 26 mai 1993…:post

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1

C’était une année à faire rouler des têtes. Une année de bicentenaire de la Révolution française. Et Dieu sait comme le sang coulait généreusement sur les pavés de Paris, été 1793. Une année de terreur pour l’équipe de France de Gérard Houllier, décapitée au Parc des Princes, le 17 novembre, par la Bulgarie de Stoichkov et de Kostadinov. Onze heures du soir dans les coursives du Parc. Je revois le capitaine bulgare se fendre d’un terrible bras d’honneur au pied de la tribune présidentielle. Desailly fracasser la porte du vestiaire. Dans la nuit froide de la Porte de Saint-Cloud, Gérard Houllier dénonçait crimes et complots. Franck Sauzée me faisait rire en m’expliquant qu’il se contenterait de regarder la Coupe du monde américaine devant sa télévision. Avec un bon Coca-Cola. Mais il avait sans doute la Coupe d’Europe dans le viseur…

Quintuplé de Messi à la Maison TV5:post

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“Eh ! toi, là-bas ! Tu crois que je t’ai pas vu ? Allez kay fii, arrive ici me donner mes deux cents.” Assis à une petite table dans l’obscurité, une boîte métallique bleue devant lui, César, couramment dit “le grand César”, encaisse les recettes. Deux cents francs par tête, trente centimes d’euro, un tiers de bière Gazelle, la moitié d’une petite Flag. Le tarif Ligue des Champions. Le double du droit d’entrée aux matchs de Liga ou de Premier League. Et deux cents francs de plus que pour les matchs de Ligue 1, invariablement gratuits, car qui paierait pour venir voir s’affronter Bordeaux et Nancy, ou même Bordeaux et l’OM, club français le plus populaire depuis les piges de Mamadou Niang sous les couleurs phocéennes.

Outre ses fonctions de jardinier de l’Alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor, principale ville de Casamance, au sud du Sénégal, César est président de la Maison TV5. Il a l’ampleur et le coffre des lutteurs poids lourds de son village de Cabrousse, l’intimité avec les plantes d’un guérisseur, la voix flûtée d’un oiseleur.

Équipe type Desports:post

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Une entreprise, comme un club, est un pays miniature, une communauté construite sur des mythes fondateurs. En 1960, Giuseppe Panini fait un passage par l’hôpital municipal de Modène. Pour le bonheur des autres malades, il griffonne des portraits de footballeurs. Une fois remis sur pied, Giuseppe aurait mis
à profit la révélation de son bref séjour hospitalier : pour adorer les idoles du calcio,
les tifosi de la péninsule sont en mal d’icônes. Aujourd’hui, la légende est inscrite au fronton de la multinationale qui porte son nom.

Sans souscrire au récit officiel, il est possible que Giuseppe, kiosquier de son état, ait vérifié auprès des autres malades les résultats d’une enquête menée auprès de ces jeunes clients : ce sont bien les images de footballeurs glissées à l’intérieur des emballages qui poussent les enfants à venir lui acheter certaines marques de bonbons plutôt que d’autres. On pourrait donc vendre des vignettes séparément.

Sans doute est-ce en partant de ce constat qu’en 1960, un an avant l’hospitalisation de son frère, Benito Panini a fait l’acquisition à Milan d’un important stock d’images de footballeurs.

La Guerre du foot:post

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D’après Luis Suarez, il va y avoir une guerre. Or tout ce que dit Luis, je le crois. Nous habitons ensemble au Mexique et Luis me donne des leçons sur l’Amérique latine. Il m’initie à l’histoire de ce continent, il m’explique comment l’appréhender. Luis a d’ailleurs prévu de nombreux événements. En leur temps, il a pronostiqué la chute de Goulart au Brésil, la chute de Bosch en République dominicaine et celle de Jiménez au Venezuela. Bien avant le retour de Perón, il était convaincu que le vieux caudillo serait de nouveau président de l’Argentine, il a annoncé la mort prématurée du dictateur de Haïti, François Duvalier, que le monde croyait éternel. Luis sait se déplacer sur les sables mouvants de la politique latino-américaine dans lesquels les amateurs comme moi s’enlisent désespérément, faisant faux pas sur faux pas.

Cette fois-ci, Luis prononce son verdict après avoir lu dans la presse le compte rendu d’un match de football entre l’équipe du Honduras et celle du Salvador. L’enjeu de ce match était la participation à la Coupe du monde prévue en 1970 au Mexique.

J’avoue que j’étais un buteur:post

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Poussé par des amis, il m’est arrivé quelquefois d’avouer comment et pourquoi diable j’avais décidé d’être écrivain ou, pour parler plus modestement, d’approcher la littérature.
J’envie parfois les femmes et les hommes de lettres qui avouent avoir vécu en compagnie de bibliothèques familiales vétustes et bien remplies. Ce n’est pas mon cas. J’ai grandi dans un quartier prolétaire de Santiago du Chili et, même s’il y avait à la maison quelques livres, surtout des romans d’aventure, Jules Verne, Emilio Salgari, Jack London, Karl May, dire qu’il s’agissait d’une bibliothèque relèverait d’une terrible prétention.

Lorsque j’étais un enfant, ou un préadolescent de treize ans, mon grand rêve était de percer dans le football et d’arriver un jour à devenir professionnel de ce grand sport. Je ne me débrouillais pas trop mal. J’étais avant-centre dans l’équipe minime de l’Unidos Venceremos FC, le club de mon quartier, Vivaceta.

Mon rapprochement avec la littérature a commencé un dimanche d’été tandis que, mes chaussures de foot sur l’épaule, je me dirigeais vers le stade Lo Saenz, propriété du syndicat Santiago Watt regroupant les ouvriers de Chilectra, la compagnie chilienne d’électricité.