Afrique

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Le Figuier et la Guêpe:post

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C’était l’année 1979 et je venais de commencer l’école primaire. Cet été-là, je fus témoin pour la première fois de ce qui plus tard deviendrait connu sous le nom d’iskokotsha, une mode qui, dans l’euphorie d’un Zimbabwe fraîchement indépendant, entraînerait l’épicentre mouvant de la danse populaire à serpenter résolument, et de façon séduisante, vers le haut du corps, des pieds vers les hanches – une pantomime sexuelle aux mouvements outrageusement suggestifs qui passionnerait notre jeune nation pendant toute la décennie à venir.

Le Billisme:post

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Voilà donc, au milieu des années 1950, qu’au moins deux cent mille chômeurs “de naissance” (selon la revendication effrontée d’un chef Bill) constituent la majorité des Kinois. Les plus délurés d’entre eux s’entichent du personnage de Buffalo Bill, figure mythique du grand chasseur.

Les Nuits de Ouagadougou:post

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C’est à la fin du mois de février que tous les deux ans, pendant huit jours, la petite nation enclavée d’Afrique de l’Ouest accueille le festival panafricain du film et de la télévision d’Ouagadougou (connu sous son acronyme français, Fespaco). Davy avait rejoint le quartier général du festival, à la recherche désespérée d’un travail. Il n’avait aucun film en vue et aucun scénario sur son bureau.

En descendant Broad Street:post

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Lorsque je suis arrivé ici, au Libéria, en 1973, de retour de mes études en Angleterre, toutes ces maisons de tôle n’existaient pas. La maison où on pleure là-haut, celle-là était là. Le troisième toit qu’on voit derrière était là aussi. Il n’y avait rien d’autre. Je me souviens de la première chose que j’ai faite : j’ai pris mon cousin avec moi et nous avons descendu cette rue. Broad Street. Tu vois, j’avais tout le chemin et toute la vie devant moi. Et cent dollars en poche.

Le théâtre des opérations:post

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L’air a porté notre avion jusqu’à une nouvelle mission. Dehors, l’appareil tiède qui vient d’atterrir, ce n’est pas la chaleur du réacteur, mais le désert ! Au nord la Libye, à l’est le Darfour. Partout le vide, bouché par un air étouffant, un air de vacances au bord de la guerre… Alors bois, photographe ! Bois avant que le désert ne te mange. Et couvre ton Nikon bientôt bouillant ! Déjà trop tard quand tu as soif !

La Maladie du rire:post

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C’était, je crois, au cours d’une courte pause entre deux opérations bénignes. J’étais adossé près d’une lucarne en train de contempler rêveusement un marabout perché au faîte du grand jujubier qui recouvrait la cour de son ombre philanthrope lorsque l’infirmière en chef vint m’avertir d’un problème. Elle refusa de m’en dire plus – ne sachant peut-être pas ce qu’il y avait de plus à dire que le mot problème – et me conduisit en toute hâte dans le hall d’accueil qui, habituellement désert, grouillait d’une agitation novice. Mes sens s’aiguisèrent comme ils n’en avaient plus l’habitude depuis des semaines, et ma contenance apathique, qui s’était progressivement accoutumée à la douce vacuité du district, changea en un instant.

Congo Sound:post

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Hervé Halfon, un Français qui déteste les Français, est le propriétaire d’un magasin de disques situé rue des Plantes au cœur de Montparnasse, à quelques stations de métro de la tour Eiffel, bien qu’il soit spirituellement plus proche de l’avenue Gambela à Kinshasa, Congo, ou du quartier Mokolo à Yaoundé, Cameroun. Le magasin s’appelle Afric’Music. L’enseigne est discrète, la devanture ordinaire, et la boutique a la dimension et la forme d’une place de parking parisienne. La décoration intérieure n’a pas coûté cher au propriétaire. En-dehors d’un long comptoir, le magasin ne contient rien d’autre que des dizaines et des dizaines de CD rangés dans des bacs, sur des étagères ou en piles, tous dédiés à la musique africaine, à l’exception d’un rayon réservé à la musique des Caraïbes. Une chaîne hi-fi se planque quelque part derrière le comptoir, à l’abri des regards et surtout, hors de la portée d’un client qui aurait l’envie soudaine de remplacer le dernier album de n’dombolo par un morceau de M’Pongo Love. Branchée en permanence, la chaîne joue toujours à plein volume.

La Harpe du roi David:post

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A u cœur de l’Afrique existe un petit instrument réservé à la musique qu’on joue surtout pour soi. Musique intime, si toutefois cette notion peut désigner un cercle encore plus restreint que celui de la musique de chambre. Il s’agit d’une tablette sur laquelle un chevalet retient une collection de lamelles en bois ou en métal. Le musicien maintient l’instrument des deux mains en gardant les pouces libres afin de faire vibrer les lamelles ; un peu à la manière d’usagers de smartphones tapotant des messages.

Selon les régions, l’instrument qui appartient comme la guimbarde à la famille des lamellophones s’appelle sanza ou mbira, ou likembé ou encore kalimba. Il existe de nombreuses variantes de noms et surtout de formes. Le nombre de lamelles diffère et peut aller de quelques-unes à plusieurs dizaines. La tablette plus ou moins épaisse sert de caisse de résonance, si elle n’est pas remplacée par une boîte. Des bagues viennent souvent vibrer près du chevalet à la base des lamelles. Quand celles-ci ne sont pas en bois, elles sont forgées à partir de rayons de bicyclette, de baleines de parapluie ou de tout autre élément de récupération.