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Le Montréal de Leonard Cohen:post

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Le “Hallelujah” de Leonard Cohen – cet hymne aux âmes trop sensuelles pour vieillir, trop laïques pour louer Dieu et trop déroutées pour rire de la Foi, entre dans sa trentième année. Cohen, qui vient lui-même de fêter son quatre-vingtième printemps, a grandi dans le quartier juif de Montréal durant les vingt années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale, et, une demi-génération plus tard, ceux d’entre nous qui ont suivi sa carrière ne peuvent entendre cette chanson sans repenser à cette ville, à cette période qui mérite le nom d’époque. La dévotion – habilement empreinte de sacrilège – de “Hallelujah” et d’autres chansons et poèmes de Cohen est le reflet d’une ville où se heurtaient et se liaient des communautés religieuses, dont, en particulier, les Français catholiques et les Juifs de la première génération.

Le Diable à 37 000 pieds:post

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Quelles étaient les probabilités pour que cela arrive ? L’accident avait tellement de chances de ne pas se produire, l’enchaînement de circonstances qui y menait pouvait s’interrompre de tant de façons différentes qu’un enquêteur me confia plus tard que le Diable lui-même semblait y avoir joué un rôle.

Pour un real de plus:post

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La forêt vierge est rasée – au bulldozer, de surcroît –, ce qui appauvrit les sols. Le gmelina arborea, espèce asiatique à croissance rapide et au rendement élevé de cellulose, ne s’adapte pas bien au sol amazonien. L’arbre ne tarde pas à être remplacé par l’eucalyptus et le pin, qui retirent tout avantage compétitif à Jari. La culture du riz – “aux engrais chimiques, au lieu de mettre à profit la richesse des plaines alluviales de l’Amazone”, critique encore le journaliste – est un échec total. Aux portes du complexe, la catastrophe sociale menace : les migrants démunis, attirés par la promesse d’un Eldorado, ne cessent d’affluer et s’entassent, dans des conditions déplorables, dans la favela dite du Beiradão.

Foutue guerre:post

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Holden Caulfield est l’éternel compagnon de l’auteur durant la plus grande partie de sa vie adulte. Les pages qu’il habite et dont Salinger écrit la première à environ vingt-cinq ans, juste avant qu’il ne prenne le bateau vers l’Europe en tant que sergent, lui sont si précieuses qu’il les garde sur lui pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Ces feuillets de L’ Attrape-cœurs prennent d’assaut les plages de Normandie, défilent dans les rues de Paris, assistent en maints endroits à la mort d’innombrables soldats et traversent les camps de concentration de l’Allemagne nazie.

Les Psy des généraux:post

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L’ incident montre à quel point le commandement américain en Afghanistan cherche désespérément à convaincre ses dirigeants de soutenir une guerre de moins en moins populaire. […] “Tout le monde dans les Psyops, l’intelligence, et la communauté des services de renseignement, sait que l’on ne doit pas prendre d’Américains pour cible, raconte un vétéran d’une autre unité de Psyops qui a mené des opérations en Irak et en Afghanistan. C’est la première chose qu’on nous enseigne.”

Le Billisme:post

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Voilà donc, au milieu des années 1950, qu’au moins deux cent mille chômeurs “de naissance” (selon la revendication effrontée d’un chef Bill) constituent la majorité des Kinois. Les plus délurés d’entre eux s’entichent du personnage de Buffalo Bill, figure mythique du grand chasseur.

Croque-Fruits:post

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Dans une zone qui n’a de libre que le nom, lui et son frère Lucien fondent la coopérative du Fruit mordoré, qui sera pendant près de deux ans, au plus sombre de la guerre, une planche de salut et un merveilleux laboratoire social. Les deux frères, refusant l’apathie, répondront aux aléas de la guerre par une solution pragmatique et toute poétique. Raconter l’histoire de la coopérative Croque-Fruits, c’est faire la lumière sur une aventure autant culturelle que politique et sociale, procéder, par travelling, à la traversée du Paris surréaliste des années 1930 jusqu’aux réseaux de Résistance en passant par la Gestapo lyonnaise.

L’Obsolescence programmée des objets:post

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La vision classique de l’économie reposait sur la croyance en une Nature avare de ses biens et sur l’idée que la race humaine était confrontée en permanence au spectre de la pénurie. L’économiste Malthus tirait la sonnette d’alarme dans un texte de 1798 : la hausse de la population qui, prédisait-il, serait largement supérieure aux gains de la production de denrées comestibles, appauvrirait notre race.

Cependant, la technologie moderne et l’approche scientifique du commerce, cette véritable aventure de l’esprit, ont augmenté la productivité des usines et des champs dans des proportions telles que le problème économique fondamental est devenu celui de l’organisation des achats plutôt que la stimulation de la production.

La Dépression actuelle a foncièrement quelque chose d’une ironie amère : des millions de personnes sont privées de conditions de vie satisfaisantes alors que les surplus encombrent les greniers et les entrepôts du monde entier ; et les prix sont tellement en dessous de leur niveau habituel qu’il ne serait plus attractif, ni rentable, de se remettre à produire.

Cary in the Sky With Diamonds:post

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Presque tout le monde fumait cigarette sur cigarette, et un “joint” signifiait une articulation, ou bien une pièce détachée d’une automobile. Si les gens étaient “en manque”, on devinait qu’ils étaient en manque d’inspiration pour écrire les dialogues d’un scénario ou les paroles d’une chanson. Et si le mot “acide” était prononcé, il était en fait question de jus de citron ou de remontées gastriques. Personne à Hollywood, ni même ailleurs aux États-Unis, n’avait entendu parler du LSD – l’acide lysergique diéthylamide. Il faudra attendre 1960 pour que Timothy Leary avale son premier champignon. Il était par conséquent très surprenant dans ce contexte de voir un groupe de plusieurs dizaines de célébrités hollywoodiennes commencer à ingérer des petites pilules azurées, ressemblant à des décorations pour gâteaux, comme un substitut à une psychothérapie.

À la recherche du silence:post

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Le 29 août 1952, David Tudor monta sur la scène du Maverick Concert Hall, près de Woodstock, dans l’État de New York, s’assit au piano et pendant quatre minutes et demi ne produisit pas un son. Il interprétait “4’33””, une œuvre conceptuelle de John Cage. On l’a baptisée le “morceau silencieux”, mais son objectif est d’inviter les gens à écouter. “Le silence n’existe pas, dit Cage au souvenir de la première. On pouvait entendre le vent souffler au dehors pendant le premier mouvement. Pendant le deuxième, des gouttes de pluie se sont mises à crépiter sur le toit et pendant le troisième, l’auditoire lui-même produisit toutes sortes de bruits intéressants en parlant et en quittant la salle.”

De fait, certains membres de l’auditoire n’avaient que faire de cette expérience, quoiqu’ils aient épargné leurs protestations les plus retentissantes pour la session questions-réponses qui s’ensuivit. On rapporte notamment que l’un d’entre eux lança : “Bonnes gens de Woodstock, boutons ces gens hors de la ville !” La mère de Cage elle-même nourrissait quelques doutes. Lors d’un concert ultérieur, elle demanda au compositeur Earle Brown : “Sérieusement, Earle, vous ne trouvez pas que John est allé trop loin cette fois-ci ?”

Splendeur de l’obsession:post

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Il semble plutôt que leur statut tragique de films “disparus” vient du fait qu’ils n’existent que sous une forme tronquée, expurgée, ayant été arrachés des mains de leurs réalisateurs visionnaires par des fonctionnaires de studio qui étaient trop lâches et obsédés par les profits financiers pour accorder à ces cinéastes une certaine marge auteuriste. Comme ils sont tous deux très antérieurs à l’époque de préservation des films considérés comme des œuvres d’art et un héritage précieux – Les Rapaces sont sortis en 1925, La Splendeur des Amberson en 1942 –, ils ont souffert l’indignité supplémentaire de ne pas pouvoir être restaurés ; à cette époque, les studios ne conservaient pas les séquences coupées, en pensant aux futurs director’s cuts des D.V.D., si bien que les copies nitrate tirées et retirées à partir des versions originales étaient – en fonction du film dont on parle, et du récit auquel on croit – brûlées, jetées à la poubelle, balancées dans le Pacifique, ou tout simplement abandonnées dans des caves où elles se décomposaient. Des deux sagas, La Splendeur des Amberson constitue le cas de figure le plus horriblement violent.

Who Put The Bomp ?:post

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Qui a “posé le bomp” ? Barry Mann, bien sûr. Cet ancien étudiant en architecture de Flatbush, Brooklyn, l’a composé, chanté et fait entrer dans les charts en 1961, à vingt-deux ans à peine (sur sa lancée, il allait écrire avec sa femme, Cynthia Weil, une kyrielle de hits au premier rang desquels “You’ve Lost that Lovin’Feeling”, désigné en 1999 comme la chanson la plus programmée du XXe siècle sur les radios et télés américaines). Les paroles de “Who Put the Bomp” sont de Gerry Goffin, un autre natif de Brooklyn, mari de Carole King et compositeur d’une autre kyrielle de hits adolescents dans les années 1960, dont “The Loco-Motion” et “He Hit Me (And it Felt Like a Kiss)”. “Who Put the Bomp” (sans point d’interrogation, pour une raison inconnue) est un témoignage de gratitude, un hymne à la gloire de l’homme qui a fait naître l’amour chez la petite amie du chanteur. L’homme, précisément, qui a “posé le bomp dans le bomp ba bomp ba bomp”, et “le ram dans le ram a lam a ding dong”. De l’avis du chanteur, le cœur de sa petite amie (ainsi sans doute que son bas-ventre) ont été mis en émoi par les syllabes sans queue ni tête des basses, au son des vieux quarante-cinq tours qui accompagnaient deux figures imposées des amours adolescentes : les soirées dansantes, et les brefs instants d’intimité.

Faux Paris:post

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Quelle aurait été, par exemple, la vision d’un pilote allemand en 1918 ? Par une nuit de pleine lune, à haute altitude, il aurait sans doute suivi, depuis ses positions au nord de la Picardie, le bandeau des routes ou des lignes de chemin de fer le conduisant vers la capitale française, puis, croyant survoler la zone, il aurait tenté d’identifier la Seine étincelante et sa courbe caractéristique qui scinde la ville en deux. Dans les ténèbres de la terre, il aurait ensuite cherché à repérer ses cibles potentielles (gares, usines, monuments) à partir des taches de lumière signalant la grande ville et ses principaux édifices. Peut-être se serait-il alors laissé prendre au subterfuge de Jacopozzi, et aurait-il largué ses bombes sur les champs du val d’Oise à vingt kilomètres de Paris ? On peut également imaginer que, sur le chemin du retour, il aurait repéré une autre grande ville semblable à la première laissant apparaître le doute dans son esprit. Dans la fraîcheur piquante de l’altitude, il aurait ressenti soudainement le coup de chaud provoqué par son ahurissement. Pouvait-il y avoir deux Paris ? Quelle était cette physionomie urbaine qui, en bas, comme le dessin d’un monstre gigantesque, surgissait du tapis charbonneux de la terre ?

Le Roman sanglant de Joseph Vacher:post

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Vacher, malgré ces aimables prémices, fut néanmoins nommé caporal. On raconte qu’il faisait respecter la discipline à coups de poing et que même un certain jour, il faillit étrangler l’un de ses subordonnés fautif. Aux yeux de tous, Vacher passait pour un fou mêlant à des idées de persécution un délire vaniteux assez ridicule : il aimait en effet à s’arracher devant témoins les cheveux et les poils des bras pour montrer combien il était insensible à la douleur.

Continuant ainsi sa carrière, menaçant les uns, manquant à plusieurs reprises de tuer ses camarades à coups de rasoir et tombant parfois dans des crises de stupeur d’où il ne sortait que pour crier “comme jamais, dira l’adjudant Griffoult, je n’ai entendu homme crier”. Vacher ne manqua pas de réussir et fut brillamment nommé sergent.

Senna le Brésilien:post

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La brume matinale ne tarderait pas à laisser place à un ciel immaculé. C’était l’annonce d’une belle journée de fin d’été. Tout à mon enthousiasme juvénile à l’idée d’assister à un championnat du monde de karting, j’étais loin de me douter que je m’acheminais vers une rencontre qui allait être déterminante pour ma vie d’homme et de journaliste. Une rencontre qui, ce matin de septembre 1978 au Mans, se matérialiserait sous la forme d’une silhouette vêtue de noir portant un casque jaune se découpant au milieu d’une meute de pilotes venus de tous les continents. Son style de pilotage révélait une osmose peu commune entre l’homme et sa frêle machine. Un tel flirt avec les lois de l’équilibre et un tel engagement physique ne pouvaient que susciter la curiosité et l’envie d’en savoir plus sur cet anonyme n° 70, identifié sur le programme comme étant un Brésilien de dix-huit ans ayant pour nom Ayrton da Silva et dont c’était la première apparition en Europe.

Une visite à son stand s’imposait. Alors que je m’attendais à découvrir un costaud à la mine décidée, je tombais sur un jeune homme à la silhouette frêle, aux traits fins, presque féminins. Son regard sombre, aux aguets, laissait transparaître quelque chose qui ressemblait à de la timidité ou peut-être à de la méfiance. À l’époque, celui qui allait devenir un pilote de légende ne maîtrisait pas trop l’anglais et ne parlait, outre le brésilien bien sûr, que l’italien, la langue d’origine de sa mère, Neide, mais aussi celle de son équipe de mécanos. C’est donc dans une sorte d’espéranto italo-britannique que notre premier échange eut lieu. Je crois pouvoir dire qu’entre nous est née ce jour-là une certaine complicité qui devait durer plus de quinze ans.

Le Cercle des espions disparus:post

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C’est un club fermé, sans enseigne ni statuts. Il est réservé aux écrivains et aux espions, aux espions-écrivains et vice versa. Ses créateurs voulaient lui donner le nom d’un grand homme de lettres qui fut aussi un homme d’affaires prospère. Ce sera Caron, comme Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), l’insolent touche-à-tout du siècle des Lumières. Au cercle Caron, on aime à fumer le cigare, à bien boire et à bien manger, avec la “sainte mission de toujours refaire le monde” au prix d’une langue “sévère” et d’un “message politique et humaniste”, dixit le site Internet.

Jeremy & Theresa:post

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C’est à Washington, par une pluvieuse nuit d’octobre, que la famille et les amis de Jeremy Blake se sont réunis lors d’une messe privée à la Corcoran Gallery of Art pour lui rendre un dernier hommage. Blake, artiste de trente-cinq ans reconnu dans le monde entier pour ses “peintures en mouvement” aussi intenses que torturées, figures animées associant l’art abstrait et le film numérique, a mis fin à ses jours dans la nuit du 17 juillet 2007, s’enfonçant dans l’océan Atlantique à Rockaway Beach, dans le Queens.

“Je vais rejoindre la charmante Theresa”, pouvait-on lire au dos d’une carte de visite posée près de ses vêtements, sur la plage. Des hélicoptères de police sondèrent les alentours des jours entiers dans l’espoir de le trouver vivant. Ses proches priaient pour qu’il le soit, avançant que son passeport avait disparu et qu’il avait acheté un billet d’avion pour l’Allemagne. Mais le 22 juillet, un pêcheur aperçut son corps flottant à vingt-cinq kilomètres au large de Sea Girt, dans le New Jersey.

Prolétaires et Forçats:post

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“Le genou de Lloyd.” Prologue : Liège. Alors que la plus grande course cycliste du monde capitaliste s’élance de Liège, une non-polémique ne prendra pas corps. Sans doute pourrait-on, en hommage au film d’Eric Rohmer, nommer cette non-affaire “Le genou de Lloyd”. Je veux parler de Lloyd Mondory, sprinter de l’équipe A.G.2R.-La Mondiale. Aujourd’hui, alors que sa famille avait loué un camping-car pour suivre le fils prodige durant le Tour, Lloyd a dû se résoudre à abandonner en raison d’une douleur au genou – problème récurrent chez lui – due à un problème de cales mal réglées durant le Tour de Suisse. Il espérait la voir s’estomper au championnat de France mais la pluie n’a rien arrangé ce jour-là. Il n’a rien osé dire de sa souffrance à ses coéquipiers, pas plus qu’ à son directeur sportif. Mais sa douleur n’a pas cessé d’empirer jusqu’à ce que, comble d’ironie, on lui annonce sa sélection pour le Tour de France. Sa joie fut aussitôt contrariée par ce que lui-même savait sans oser en parler à son entourage. Vendre la mèche, c’était renoncer à son rêve.

Boum Boum Tchac Bling Bling:post

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Pas un rappeur en vue. Dans les allées du parc des expositions de Bâle, la population est majoritairement blanche, entre deux âges et aisée. C’est ici que, chaque année, les joailliers et les horlogers viennent présenter leurs dernières créations lors du salon annuel Baselworld. Le 28 mars 2011, c’est le cocktail d’inauguration, et chaque exposant s’efforce d’éclipser tous les autres à coup d’annonces spectaculaires et de débauches de célébrités. Sur le stand du New-Yorkais Jacob & Co, Milla Jovovich parade, les mains, les bras et le cou criblés de pierreries. Derrière l’actrice, le fondateur du groupe Jacob Arabo décrit les bijoux qu’elle porte à la presse et aux invités. Jusqu’en 2006, on croisait plus facilement le diamantaire dans les boîtes hip-hop de la côte est des États-Unis qu’en Suisse : fournisseur attitré des rappeurs, l’homme était surnommé le “roi du Bling” et remercié dans plus de soixante-dix chansons. Mais son ascension fulgurante a été stoppée nette en 2008 par une condamnation à deux ans et demi de prison pour blanchiment. Libre depuis six mois, il fait à Bâle sa première réapparition publique. Son histoire illustre les relations complexes qu’entretient le milieu du rap avec les diamants.

L’Appel du vide:post

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L’océan Arctique était proche, juste sous eux. Rien qu’une mince couche de glace, mais ils auraient pu croire qu’il s’agissait de la croûte terrestre, ils auraient pu croire que cette vaste plaine blanche était la terre ferme reliée aux falaises côtières du Groenland, encore parfaitement visibles à trente kilomètres derrière eux. Là, le regard tourné vers l’ouest, ils pouvaient imaginer le monde pareil à un globe, une courbe de blanc s’étirant au-delà de l’horizon. Ils donnaient l’impression de pouvoir voyager sans difficulté, d’établir leur trajet et de le parcourir à toute vitesse, poussés par le vent ou par leur simple détermination. Au retour de leur ascension de l’Everest, James Hooper et Rob Gauntlett n’avaient que dix-neuf ans, et leur optimisme, leur exubérance, leur donnaient un élan phénoménal. Ils allaient pourtant se heurter à des obstacles.

L’homme qui voulair réécrire Nabokov:post

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C’est un après-midi de décembre à New York. Le ciel se remplit d’un bleu limpide et une fine pellicule blanche recouvre la chaussée.

Américain, âge : dix ans:post

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Si Colin Duffy et moi devions un jour nous marier, on aurait des cahiers assortis avec des superhéros en couverture. On porterait des shorts, des grosses baskets, de longs teeshirts amples à l’effigie d’athlètes célèbres, et ce tous les jours de l’année, même en hiver.

L’hippo d’Amérique:post

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A ussi grotesque et improbable puisse-t-elle sembler, sachez que cette histoire est aussi vraie que sérieuse. La plupart des faits qui y sont rapportés sont irréfutables. Certains détails ont toutefois résisté à toutes mes tentatives de vérification et demeurent empreints de mystère. J’aimerais expliquer pourquoi.

Ceci est une histoire d’hippopotames, comme annoncé, mais c’est aussi l’histoire de deux hommes à la fois complexes et exceptionnels. Deux espions. Deux ennemis mortels. Chacun rêvait de tuer l’autre et s’attendait à en tirer une grande satisfaction. Des circonstances tout à fait farfelues, dans lesquelles les hippopotames occupent un rôle central, firent de ces rivaux des alliés et, plus encore, des amis. Mais, au bout du compte, leur opposition reprit le dessus.

Madoff en prison:post

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En août 2009, peu après son arrivée à la prison fédérale de Butner en Caroline du Nord, Bernard L. Madoff faisait la queue pour recevoir ses médicaments contre l’hypertension, lorsqu’il entendit un de ses codétenus l’appeler par son nom. Madoff, alors âgé de soixante et onze ans, auteur de la chaîne de Ponzi la plus dévastatrice de l’histoire, était habillé comme tous les autres prisonniers. Il portait l’un de ses trois costumes standardisés couleur kaki avec son nom et son matricule collés sur la poche de sa chemise. L’heure de la promenade (le moment le plus agréable de la journée d’un prisonnier) touchait à sa fin et Madoff, qui aime se ballader le long de l’allée accompagné parfois de l’ancien parrain Carmine Persico ou de l’espion Jonathan Pollard, s’était précipité vers l’infirmerie. Il avait dépassé les cellules d’isolement (“le trou”), était passé par le gymnase et sous la clôture de quatre mètres de haut, et avait pris la direction de Maryland, le bâtiment dans lequel les pédophiles sont relégués après avoir purgé leur peine. Une centaine de prisonniers se tenaient là à attendre une infirmière, certains en plein soleil.

Sur le toit de l’océan:post

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Plus tard, perdu au large, quand tu essayeras d’oublier tout ce que tu as laissé derrière toi, tu garderas ce souvenir tenace : un village au bord de l’océan. Ici, les maisons bien alignées avec leurs toits de tuiles grises, enveloppées par la ronde bienveillance des montagnes surplombant les rizières luxuriantes, le grenier de toute une nation. Là, les bateaux de pêcheurs, la mer dans toute sa sérénité azurée, et l’herbe verdoyante. Un grand sentiment de paix émane de cette image d’abondance : bois des montagnes, riz des rizières, poisson de l’océan. On ne manque de rien ici.

Ce village qu’unit la satiété, c’est le tien, Hiromitsu, et c’est ici, dans le souvenir de cette abondance, que tu te reconnais le mieux, cultivateur de riz depuis quatre générations. Ici, parmi une centaine de maisons en bois, se dresse celle en béton que ta famille a bâtie. Elle repose sur des piliers métalliques qui, selon tes calculs, résisteront à n’importe quelle marée haute, n’importe quelle vague errante. Dans ton coin de verdure à quelques centaines de mètres de l’océan, le jardin resplendit de pivoines, les dépendances s’étalent, l’étang à carpes foisonne.

La Harpe du roi David:post

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A u cœur de l’Afrique existe un petit instrument réservé à la musique qu’on joue surtout pour soi. Musique intime, si toutefois cette notion peut désigner un cercle encore plus restreint que celui de la musique de chambre. Il s’agit d’une tablette sur laquelle un chevalet retient une collection de lamelles en bois ou en métal. Le musicien maintient l’instrument des deux mains en gardant les pouces libres afin de faire vibrer les lamelles ; un peu à la manière d’usagers de smartphones tapotant des messages.

Selon les régions, l’instrument qui appartient comme la guimbarde à la famille des lamellophones s’appelle sanza ou mbira, ou likembé ou encore kalimba. Il existe de nombreuses variantes de noms et surtout de formes. Le nombre de lamelles diffère et peut aller de quelques-unes à plusieurs dizaines. La tablette plus ou moins épaisse sert de caisse de résonance, si elle n’est pas remplacée par une boîte. Des bagues viennent souvent vibrer près du chevalet à la base des lamelles. Quand celles-ci ne sont pas en bois, elles sont forgées à partir de rayons de bicyclette, de baleines de parapluie ou de tout autre élément de récupération.

69 jours:post

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La mine de San José se trouve à l’intérieur d’une montagne arrondie, rocheuse et aride du désert d’Atacama, au Chili. Environ une fois tous les douze ans, une tempête balaye le désert et déverse des torrents de pluie. La poussière se transforme alors en une boue aussi épaisse que du ciment frais.

Charles Darwin a brièvement traversé cette partie de l’Atacama en 1835. Dans son journal, il décrit le désert comme “un obstacle bien pire que l’océan le plus déchaîné”.

Au cœur de ce désert, les mineurs sont la seule forme de vie palpable. En bus ou en camion, ils voyagent vers les montagnes où est enfoui de l’or, du cuivre et du fer. Ils viennent de tout le Chili.

Que le mammouth revienne !:post

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La première fois que Ben Novak vit un pigeon voyageur, il tomba à genoux et resta dans cette posture pendant vingt minutes sans mot dire. Il avait seize ans. À treize ans, il avait vu la photo d’un de ces pigeons dans un livre de l’Audubon Society et “ç’avait été le coup de foudre”. Mais il ne savait pas que le Science Museum du Minnesota, qu’il visitait dans le cadre d’un programme scolaire d’été destiné aux lycéens du Dakota du Nord, en détenait dans ses collections, de sorte que, quand il aperçut une vitrine contenant deux pigeons empaillés, un mâle et une femelle figés dans des poses naturelles, il fut sidéré, submergé d’émotion, pris d’une sorte d’admiration empreinte de tristesse pour la beauté de ces oiseaux : leur poitrail d’un auburn brillant, leur dos gris ardoise et, autour de leur nuque, le poudroiement iridescent qui changeait en fonction de l’angle de la lumière. Avant que ses chaperons ne l’entraînent hors de la salle, Novak eut le temps de prendre une photo avec son appareil jetable.

Burn After Reading:post

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Le soir du 10 septembre 1976, à bord du vol TWA 355 reliant New York à Chicago, un passager barbu tendit une enveloppe scellée à un membre de l’équipage. “Ceci est un détournement d’avion” indiquait la première ligne du message. Ledit passager, un nationaliste croate du nom de Zvonko Busic y affirmait que cinq bombes avaient été placées dans l’avion, et une sixième déposée dans la consigne à bagages n° 5713 de Grand Central Station à Manhattan. Il conseillait au commandant de bord de contacter sans délai les autorités, car les informations supplémentaires se trouvaient dans la consigne. “La bombe ne peut être déclenchée qu’en pressant le détonateur, mais il faut la manipuler avec la plus grande prudence.”

AML.230849-012-G:post

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Imaginons une vache, quatre pattes, un corps et une tête, les pis – “Une vache laitière ?” demande Arianna Ferrari de l’ITAS (Institut d’évaluation des répercussions technologiques et d’analyse systémique) au KIT (Institut technologique de Karlsruhe), sur sa table une pomme plus très fraîche.

Cent quarante kilos de lait par jour, quatre traites automatiques !

Mme Ferrari, docteur en philosophie, bottes en similicuir montant à mi-mollet, prend une petite gorgée de thé vert et dit : “La logique de l’exploitation.”

La vache que nous imaginons n’a ni nom ni pedigree, seulement un numéro, .230849-012-G, elle est dehors devant la porte, campus nord, bâtiment 0451, muette et soumise : une bête de type AML.

Objectif Asteroïdes:post

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Brian May n’est pas seulement le guitariste de légende du groupe Queen : il est aussi astrophysicien. En 1970, May entame son cursus universitaire à l’Imperial College de Londres mais il préfère interrompre ses études quatre ans plus tard, à la sortie du deuxième album de Queen. Il obtiendra son doctorat en 2008, après avoir soutenu une thèse sur la lumière zodiacale, ce faible spectre de lumière interstellaire visible certaines nuits, au-dessus de la ligne d’horizon. Mercredi dernier, Brian May a retrouvé Lord Martin Rees, l’astronome royal britannique, au Science Museum de Londres afin de discuter ensemble de la question des astéroïdes et de la menace qu’ils représentent pour la Terre.