Feuilleton Nº

7

Comandante Yankee

traducteur
Valeria Costa-Kostritsky
illustrateur
Matt Taylor
Comandante Yankee

En s’emparant d’un pan méconnu de l’histoire de la révolution cubaine, le journaliste américain David Grann raconte le destin tragique de W. A. Morgan, le comandante yankee. Mêlant récit de guerre et épopée politique, espionnage, trahison fratricide et histoire d’amour, il dresse le portrait du cowboy espiègle, personnage complexe qu’on croirait échappé d’un roman d’Hemingway. Un ami témoigne : “Jack Kerouac était encore en train d’imaginer ce que serait une vie sur la route, quand Morgan était déjà en train de la vivre.”

Extrait

Pendant un instant, il disparut dans la nuit de La Havane. Il était comme invisible, comme il l’avait été avant d’arriver à Cuba, au cœur de la révolution. Puis la lumière des projecteurs l’illumina violemment, lui, William Alexander Morgan, le grand comandante yankee. Il se tenait debout, le dos contre un mur grêlé de balles, dans une douve vide entourant La Cabaña – une forteresse du XVIIIe siècle transformée en prison et située sur une falaise surplombant le port de La Havane. Des taches de sang étaient en train de sécher au sol, là où on venait de tuer un ami à lui, quelques instants plus tôt. Morgan, alors âgé de trente-deux ans, cligna des yeux sous la lumière. Il faisait face à un peloton d’exécution.

The Yankee Comandante a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Valeria Costa-Kostritsky. Le texte a paru pour la première fois dans le New Yorker en mai 2012. © David Grann