Feuilleton Nº

18

Je ne peux pas inventer

traducteur
Jérôme Orsoni
illustrateur
Aline Zalko

S’aventurer dans la lecture d’un livre de Janet Malcolm est une tâche aussi passionnante que dangereuse. Interroger l’auteur du Journaliste et l’Assassin, qui revendique la “cruauté journalistique” comme une marque de fabrique, se révèle un exercice plus périlleux encore. C’est pourtant au jeu de l’interview qu’a choisi de se livrer, avec audace, pour la Paris Review, la journaliste Katie Roiphe. Reste à savoir qui définit les règles et comment se partager les rôles…

Extrait

Katie Roiphe – J’ai souvent été frappée par l’importance des descriptions physiques dans votre écriture : elles nous donnent l’impression de connaître et de comprendre les personnes que vous croquez avant même qu’elles ne se mettent à parler. J’admire aussi la façon dont vous imposez votre point de vue, avec une autorité telle que quiconque rentrerait dans une pièce ne pourrait pas faire autrement que de la voir à travers vos yeux. Comment décririez-vous votre appartement si vous étiez le journaliste qui rentre dans votre salon ?

Janet Malcolm — Dans mon salon, le parquet est en chêne, il y a des tapis persans, des bibliothèques qui vont du sol au plafond, un grand ficus et une grande fougère, des photos et des dessins sur la cheminée, une table basse en verre avec un bol de grenades séchées, plusieurs divans et des chaises couverts de draps blancs. Si je pénétrais dans cette pièce pour la première fois, je la rangerais aussitôt dans la catégorie – satirique – de “l’appartement d’écrivain new-yorkais” : ses objets répondant au bon goût de l’époque (chat compris), son atmosphère imprégnée de culture.

“The Art of Nonfiction No.4” a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Jérôme Orsoni. L’entretien réalisé par Katie Roiphe a paru pour la première fois dans la Paris Review au printemps 2011 – des coupes ont été opérées pour la présente édition.