Feuilleton Nº

8

Un commis voyageur à Pékin

traducteur
Claire Debru
illustrateur
Inge Morath

En mai 1983 a lieu au Théâtre du Peuple de Pékin la première de Mort d’un commis voyageur. Arthur Miller, son auteur, assure lui-même la mise en scène de la pièce. Les obstacles politiques quant à la tenue d’un tel événement se sont avérés surmontables mais abolir le fossé culturel qui sépare les deux pays relève peut-être de l’utopie. Au cours de ses six semaines passées en Chine pour l’occasion, le dramaturge américain raconte comment le défi esthétique qu’il s’est lancé se transforme en une fascinante expérience anthropologique.

Extrait

6 avril

Aujourd’hui, il est particulièrement clair que le Commis doit être représenté comme une corde tendue entre deux bataillons de la hiérarchie artistique en guerre. L’agence de presse Xinhua a publié un bref descriptif de la pièce, qui symboliserait selon eux la condamnation du monopole capitaliste, point final. Mais les comédiens restent de marbre, méprisant ce que personne ne lit hormis les étrangers et les journalistes. Quoi qu’il en soit, j’ai le sentiment d’être à l’abri de ce conflit idéologique. Toutes les personnes impliquées dans la production souhaitent que la pièce soit considérée comme un document humain valable également en Chine.

Ces extraits de ‘Salesman’ in Beijing ont été traduits de l’anglais (États-Unis) par Claire Debru. Ils ont paru pour la première fois dans Vanity Fair en décembre 1983. © Arthur Miller, 1984