Werner Herzog a réalisé trois “Bergfilm”. Dans Steiner, Gasherbrum et Cerro Torre, la montagne est bien plus qu’un panorama ou qu’un cadre. Par sa présence érotique et brutale, charnelle et éprouvante, elle incarne une esthétique de l’extase, de l’épreuve et de l’endurance. Les corps des héros, fictifs ou réels, y sont confrontés à leur fragilité. Ils trouvent dans l’effort et la confrontation à la rigueur de l’escalade une rédemption qui les dépasse et se rattache ,in fine, à l’histoire allemande.

Extrait

Départ des Houches, je monte au col de Voza, cinq cents mètres plus haut : le che- min grimpe raide dans la prairie entre les chalets, à l’amont de la station de ski. Je traverse la “Verte des Houches”, piste mythique de descente internationale. Je m’y vois skis aux pieds, prenant le shuss final après la cassure impressionnante au-dessus d’un mur quasi vertical. Je pense au skieur qui m’a le plus impressionné dans ma jeunesse, Franz Klammer, et à sa technique si particulière, tout en souplesse, laissant aller de façon autonome chaque élément de son corps, presque désarticulé à certains moments, ce qui lui permettait de se sortir des pièges de la descente avec une décontraction inégalée et de reprendre plus vite que les autres la position de recherche de vitesse.