L’Ombre de Richie

L’Ombre de Richie

Les All Blacks menés par le grand Richie McCaw, après un final suffocant, soulèvent la coupe Webb Ellis le 23 octobre 2011. Quatre ans plus tard, David Fauquemberg dessine le portrait du capitaine des Blacks, entre ombre et lumière : “Être voleur, au bout du compte, n’est pas une disgrâce au pays du rugby. S’il est courageux, loyal envers ses compagnons et ne se fait pas prendre, on a de l’affection pour qui défie la loi.”

23 octobre 2011, Eden Park d’Auckland. Les All Blacks viennent de remporter enfin, à domicile, cette Coupe du monde de rugby que le peuple néo-zélandais attendait depuis près de trente ans. Image stupéfiante : Richie McCaw, leur capitaine, est interviewé à la sortie du terrain. Il boite bas, il est rincé, trop épuisé pour énoncer les formules prêtes à l’emploi dont il est coutumier. Au premier micro qui se tend, il soupire : “Il a fallu creuser plus profond que jamais…” Un confrère, chevrotant d’émotion, veut savoir comment il se sent. McCaw a le regard brumeux, on le croirait au bord des larmes. Sans réfléchir, il souffle : “Relieved.” Pas euphorique, non, ni même heureux – soulagé. L’aveu est douloureux : l’obligation de vaincre anesthésie jusqu’au plaisir. On pense au tennisman Roger Federer, sommé de s’expliquer après une défaite pourtant honorable en demi-finale de l’Open d’Australie, qui déclarait en 2008 : “J’ai créé un monstre…”