Les ‘Tos

Au milieu du XIXe siècle, les théories racialistes cherchent à valider scientifiquement le postulat selon lequel les structures sociales découleraient de traits physiques héréditaires. Alors que la physiognomonie se développe, sous l’impulsion de quelques criminologues, Herman Melville parcourt les mers du globe. Relatant les préjugés raciaux dont abondent les discours des marins, l’écrivain saisit l’occasion pour rappeler que le savoir et la vérité n’habitent pas la surface des choses. L’apparence diffère de la réalité.

Extrait

Au cours des récits que je fis à mes amis de divers épisodes concernant mes voyages en mer, j’eus parfois l’occasion de mentionner les ‘Tos, ce peuple singulier, soit en tant que connaissances, soit en tant que compagnons d’équipage. Les allusions se faisaient de façon fort naturelle et innocente. Par exemple, je disais “Les deux ‘Tos”, comme l’on dirait “Les deux Hollandais” ou “Les deux Indiens”. En fait, étant moi-même si familier avec les ‘Tos, il me semblait qu’il devait en être de même pour tout le monde. Mais loin de là. Mes auditeurs ouvraient grand les yeux, l’air de dire “Que diable peut bien être un ‘Tos ?” Pour les éclairer, je devais m’interrompre souvent, ce qui n’allait pas sans nuire au bon déroulement de mes récits. C’est pour remédier audit désagrément qu’un ami me fit valoir la pertinence d’écrire quelque compte-rendu sur les ‘Tos et de le faire publier.

The ‘Gees” a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Vegliante. Il a paru pour la première fois dans Harper’s Monthly (Harper & Brothers, New York City) en mars 1856.