Feuilleton Nº

9

Ceci est un complot !

traducteur
Léa Gauthier
illustrateur
Seetal Solanki
Ceci est un complot !

Sans dissimulation il n’est de société possible, si ce n’est tyrannique. Pour autant doit-on présager que le monde n’est régi que par le secret, le mensonge et la manipulation ? Pris de fièvres conspirationnistes et de délires interprétatifs, de dangereux paranoïaques, analystes clownesques ou autres mystiques en sont persuadés. L’imaginaire du complot revient comme un leitmotiv dans la culture nord-américaine. “Soyons lucides, la vérité est ailleurs” profèrent ces prescripteurs.

Extrait

Souvenez-vous, c’est ici que vous l’aurez découvert pour la première fois.

Charles Manson, individu abominable en apparence, était en fait une victime : sans le savoir, il appartenait aux services secrets de l’armée et était programmé pour tuer. En même temps, une analyse du plan directeur musical orchestré par les cocos révèle la présence d’une arme jusqu’ici inconnue – l’isolement sensoriel –, arme élaborée par l’infâme KGB pour amener au suicide spirituel et faire d’une génération de jeunes Américains des bananes. D’où les Beatles. Lee Harvey Oswald ne possédait pas de fusil, était un piètre tireur, et appartenait aux services secrets de la Navy. Tout comme Dick Dixon. L’œil de la providence qui vise à éradiquer l’idéal chrétien en Amérique, compte au nombre de ses partisans secrets des anciens présidents de l’Inde et de la Paramount, mais aussi Robert McNamara. Les prétendus dirigeants du monde des États nations peuvent gaiement se satisfaire de tranquillisants, d’alcools et de sodomies parce qu’ils sont des pantins-prostitués contrôlés par les législateurs de la vérité sur Terre, à savoir “la minorité de la syphilis juive”.
Attendez.

It’s a Plot”, traduit de l’anglais (Canada) par Léa Gauthier, a paru pour la première fois dans Playboy magazine en 1975. © Mordecai Richler, 1975